
Manuel d'Eau et de Ciel 3
Les plantes ne supplient pas le soleil de se lever. Elles savent qu’il n’est que miroir, un écran d’Or tendu pour leurs métamorphoses. Chaque matin, elles se parent devant lui comme devant un amant complice. Elles déploient leurs pétales, lissent leurs nervures, boivent leur propre lumière jusqu’à s’en ivrer. Car ce n’est pas lui qu’elles adorent, mais leur reflet en lui, ce portrait qui, jour après jour, se fait plus éclatant, plus insolent. Elles ne grandissent pas, elles se révèlent.
Et quand le crépuscule allume ses braises, quand la nuit étend son velours piqueté d’étoiles, ces diamants cousus au plafond de leur royaume, elles sourient. Elles reconnaissent leurs sœurs lointaines, ces fleurs du ciel qui, comme elles, ont appris à briller sans attendre la permission du jour.
Car elles sont l’essence même de la renaissance :
ne pas naître, mais renaître,
ne pas pousser, mais s’élever,
ne pas vivre, mais devenir la preuve que la vie est une question de reflets, pas de sources.





